J’écris une lettre à ma fille aînée

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Ma fille aînée (9 ans) traverse une phase de turbulences.

Elle s’enferme souvent à clé dans sa chambre. Elle passe ses journées à la maison en pyjama dans son lit.

Elle peut passer de bons moments à jouer avec sa soeur ou son petit frère, puis soudainement elle se met à les insulter et à les exclure de sa chambre.

Cela donne lieu à beaucoup de tensions à la maison, les deux petits « blessés » accourant vers moi en pleurant pour réclamer justice…

Cette situation a le don de m’énerver.

Je ne reconnais pas ma fille, qui a toujours été la plus calme, la plus raisonnable et la plus « facile » d’entre mes trois enfants.

Mon plan d’action

Pour sortir de cette situation, j’applique le « Protocole Anti-Crise » avec elle.

Je respire un bon coup. Puis je la rejoins dans sa chambre. Je me mets à côté d’elle sur son lit et je la regarde avec un sourire, sans rien dire.

Elle se met alors à déverser un flot d’accusations contre son frère ou sa soeur, les « fautifs ».

Je lui prends la main et je me mets tout contre elle, pour qu’elle sente ma présence, toujours sans rien dire.

Quand elle s’est enfin un peu calmée, je lui dis : « Je me demande ce qui se passe… Ca a l’air difficile pour toi en ce moment ».

Elle éclate en sanglots :

« Ouiiiiiii, j’ai l’impression que vous ne m’aimez pas ! Vous préférez Mika. Et puis à l’école, V. m’a insultée, elle ne veut plus jouer avec moi et elle a dit aux autres de ne plus jouer avec moi. Je veux changer d’école ! »

J’ai le coeur tout chagriné. Je ne suis plus du tout fâchée contre elle ! Je la console comme je peux, en l’écoutant, en la prenant dans mes bras, tout contre moi.

« Je te comprends, tu dois te sentir tellement triste et en colère aussi… C’est tellement injuste ! »

J’ai pu l’aider à exprimer ses émotions, ce qui l’a apaisée pour un petit temps…

Mais régulièrement, une nouvelle crise éclatait à la maison, toujours pour les mêmes raisons.

Je me sentais très frustrée car je n’avais pas de solution miracle à proposer à ma fille pour la protéger des déceptions du monde extérieur.

Et j’étais inquiète car cela risquait de faire des dégâts sur mes autres enfants (elle les traitait quand même d’imbécile, de petit con !?!).

Comment aider ma fille à être plus forte ?

Pourquoi était-elle si vulnérable ? Et pourquoi pensait-elle que nous l’aimions moins que les autres ?

Ces crises régulières m’ont incitée à réfléchir longuement sur ces questions.

Je me suis mise à sa place, en tant que grande fille aînée dans la famille, et j’ai vu sa vie à travers ses yeux…

Comme elle avait raison de penser cela !

A 15 mois seulement, elle était déjà une grande soeur.

Elle n’était plus ma priorité. C’était son papa qui s’occupait principalement d’elle (et aussi la crèche et l’école).

Moi, j’étais tout le temps fatiguée, pas disponible, enceinte ou allaitant sa soeur puis son frère…

Depuis son enfance, son besoin d’amour n’a pas été correctement satisfait. Son réservoir n’a pas été bien rempli, peut-être était-il même troué par endroits ?

Notre monde extérieur est le reflet de notre monde intérieur

Cette parole de sagesse m’a aidée à voir plus clair.

Au lieu de focaliser sur le monde extérieur (les autres enfants qui font du mal à ma fille) et de me sentir impuissante à la protéger de tout, je sens que la solution est de la rendre plus forte à l’intérieur.

J’explique souvent à mes enfants : « Ce n’est pas ce que les autres pensent de toi qui est important, c’est ce que TOI tu penses. Est-ce que tu es d’accord avec eux ? ».

La réponse habituelle : « Non, je ne suis pas d’accord et je vais le lui dire… »

Cela leur permet de se protéger eux-mêmes et d’arrêter de donner leur pouvoir aux autres.

Mais ma fille était devenue trop fragile. Elle se posait en VICTIME et voyait alors tout ce qui lui arrivait en noir.

Il me fallait trouver une autre réponse, plus adaptée, pour « réparer » son réservoir et le remplir d’amour !

Une idée m’est venue.

Je lui ai écrit une lettre. Cela m’a pris une heure.

Je me suis sentie libérée moi-même d’avoir posé sur le papier tous mes regrets et ma culpabilité.

Quand je lui ai lu cette lettre à haute voix, nous avions toutes les deux des larmes aux yeux.

Gros câlins.

Elle m’a remerciée de lui raconter tout ça. Elle comprenait mieux son histoire.

Cette lettre a eu un effet magique.

Ma fille est redevenue radieuse, souriante, gentille…

Son réservoir d’amour avait pu être réparé et se remplir à nouveau !

Voici quelques extraits de la lettre…

Je vous partage quelques extraits de cette lettre qui a fait des miracles pour nous.

Ma chère petite princesse,

Je voudrais te remercier du fond du coeur d’avoir eu le courage de venir la première dans notre famille. (…)

Papa et moi étions deux jeunes adultes inconscients quand tu as accepté de venir dans notre famille. Tu nous as permis de commencer à nous poser des questions, sur l’accouchement, l’alimentation bio, les alternatives à ce que la société proposait. Tu as été un déclencheur, un accélérateur de conscience pour moi ! Je t’en suis extrêmement reconnaissante.

Cela a été très difficile pour toi. Pendant la grossesse, j’étais impatiente de te rencontrer en vrai, mais j’étais aussi très occupée (…). Quand tu es arrivée, je n’ai pas pu t’accueillir comme je l’aurais voulu, toi et moi, sur mon ventre, pour faire tranquillement connaissance. Tu as été emportée par une infirmière, lavée, pesée, mesurée, habillée (…)

(…) Tu n’as pas été seule longtemps. A 6 mois, je suis retombée enceinte. A 9 mois, je n’avais plus de lait pour toi. Tu as dû passer au biberon. Mai-Ly est née quand tu avais 15 mois. Tu avais à peine 15 mois et tu étais déjà une grande soeur ! Tu lui faisais des bisous, tu étais attentionnée pour ta petite soeur alors que toi-même, tu avais beaucoup perdu au change. Je n’étais plus disponible pour toi, je m’occupais de ta soeur en priorité et j’étais très fatiguée. J’avais demandé à ton papa de s’occuper de toi. Il le faisait super bien ! Mais je comprends que ce n’était pas suffisant. Tu avais aussi besoin de ta maman !

Les choses n’allaient pas s’arranger avec le temps. Quand tu as eu 4 ans, Mika est né. (…)

Durant cette période, je m’occupais beaucoup de Mika bébé, de la vie quotidienne (les repas, la maison) et je vous demandais de jouer ensemble, Mai-Ly et toi. Je n’avais pas d’énergie pour passer du temps avec vous. J’étais souvent fatiguée. (…)

Je me rappelle combien tu te plaignais des repas, tu voulais souvent manger des biscuits, tous les jours on se disputait à cause de la nourriture.

Il y avait aussi des disputes entre Mai-Ly et toi, des colères, tu n’avais pas envie de mettre la table, de ranger les jouets après avoir joué…

Beaucoup de raisons de s’énerver pour Papa et moi. Je pense aujourd’hui que ton comportement était un message qui voulait nous dire : « Papa, Maman, je ne me sens pas bien. J’ai besoin de tout votre amour. »

C’était impossible pour moi de te comprendre à cette époque car je n’avais pas encore étudié tous ces livres et suivi tous ces ateliers sur la parentalité pour décoder tes comportements. Aujourd’hui, je comprends mieux le langage non verbal des enfants mais tu n’as pas pu en profiter à cette époque-là, quand tu en avais le plus besoin… A nouveau, je suis désolée, vraiment désolée que tu n’aies pas eu le droit de profiter de la meilleure maman que je suis aujourd’hui.

(…) Je sais aujourd’hui qu’un enfant a besoin de recevoir de l’attention et de passer du temps avec ses parents pour jouer, discuter, lire… Il se sent alors aimé, il se sent plus fort et alors il a envie de grandir, de coopérer, de vivre des expériences par lui-même.

Tu t’es donc construite toute seule. (…)

Bref, je me rends compte aujourd’hui combien j’ai été absente pour toi.

(…) Je voudrais te dire que je comprends pourquoi tu es parfois très en colère, pourquoi tu trouves que c’est injuste et que tu as envie de crier, de blesser Mai-Ly ou Mika.

C’est normal parce que tu te sens mal toi-même.

Je te demande pardon, de tout mon coeur. J’aimerais réparer et j’ai bien l’intention de réparer mes erreurs, ce que je n’ai pas bien réussi dans le passé.

Je te remercie aussi parce que c’est grâce à toi que j’ai appris énormément et que je suis devenue une meilleure personne.

Je suis désolée,

Je te demande pardon,

Je te remercie,

Je t’aime !!!

Ta maman, qui t’aime énormément

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1 Commentaire

  1. Donat

    Très touchant

    Répondre

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